L’ Angleterre culinaire en 2010? Elle n’a rien à envier à personne. Qui aurait pu croire que les Anglais feraient une révolution, et culinaire en plus. Quand je suis arrivée à Londres il y a vingt ans par contre, si les pubs ne manquaient pas ils n’avaient rien des gastropub actuels. Gastro comme gastronomie. Anglaise.

Je vous sens douter. Je comprends. Une mauvaise image est très difficile à secouer. Les Rosbifs pensent que les froggies sont des trouillards. Je vous raconterai une autre fois. Revenons à nos moutons et autres mets en fin de vingtième siècle. Les rois du hamburger étaient déjà bien établis et comme la plupart des parents citadins, je me suis laissée convaincre par le prix et le petit jouet.

Comme beaucoup d’entre nous, j’achetais tout au supermarché. En bonne varoise, mes recettes avaient des tomates et des aubergines. On en trouvait toute l’année, ce qui me ravissait même si les fenouils étaient plus chers au poids que l’or.

J’étais pourtant dans une prison culinaire sans goût, aveuglée par la frénésie de la vie citadine. Jusqu’à ce les chefs anglais remarquent qu’il fallait faire la guerre aux destructeurs de saveur pour libérer ces pauvres gens de leur triste impasse… Si vous avez la chaine cuisine sur satellite, vous connaitrez Keith Floyd (le chef au verre de vin) qui a ébranlé la façon de présenter les émissions de cuisine en Grande-Bretagne dans les années 80. Sur le tas, sur le vif, jovialité et des litres de pinard.

Celui qui a réveillé mes papilles c’est Jamie Oliver. Vous avez peut être un de ses livres de cuisine puisqu’il est devenu un des chefs les plus vendus au monde. Avec ses recettes simples il a commencé une révolution accompagné d’autres chefs tel que Hugh Fearnley-Whittingstall qui a remis les produits du terroir (parfois obscurs) à la mode.

Voici donc l’univers culinaire aujourd’hui chez nos cousins les Rosbifs. Ici dans le Sud-Ouest par exemple, sur le menu du resto de ma ville (Wild Garlic) on trouve du lapin confit ou du chevreuil. Ce ne sont pas les étoiles Michelin qui intéressent (il y en a des restos étoilés bien sur, l’excellent Sienna à Dorchester par exemple). Cette nation voyageuse a su marier les inspirations internationales dans une cuisine à l’origine simple mais pleine de goût, malheureusement oubliée. Révolution industrielle, exode rural et un complexe d’infériorité culinaire difficile à perdre sont passés par là.

Les notions de provenance, de saison, frais et local ont repris la vedette et avec, l’amour de la bonne bouffe. Comme en France et ailleurs, il arrive encore d’être déçu. Mais pour la plupart, finies les courgettes bouillies à mort. Allons enfants de la révolution culinaire, le jour du goût est arrivé.


Advertisements